TD 2 : Comportement de consommation des ménages
Cadre théorique : besoins et hiérarchisation
La pyramide de Maslow : hiérarchie traditionnelle des besoins
Question 1 : Présentez la pyramide de Maslow en expliquant chacun des 5 niveaux avec des exemples concrets.
Question 2 : Quels sont les quatre principes fondamentaux de la théorie de Maslow ?
Hiérarchie : les besoins sont organisés en ordre de priorité croissante.
Prédominance : un besoin non-satisfait domine le comportment individuel.
Émergence : un besoin supérieur n’émerge qu’après satisfaction du niveau inférieur.
Satisfaction relative : un besoin satisfait cesse d’être motivant.
Question 3 : Selon la théorie classique de Maslow, à quels niveaux se situent traditionnellement les différents types de loisirs (loisirs de base, culturels, créatifs, de luxe) ? Justifiez vos réponses.
Loisirs de base :
Besoins physiologiques
Besoin de sécurité
Loisirs culturels :
Besoin d’amour et d’appartenance
Besoin d’estime
Loisirs créatifs :
Besoin d’accomplissement de soi
Loisirs de luxe :
Besoin d’estime
Besoin d’accomplissement de soi
Confrontation théorie/réalité avec la funflation (10 minutes) :
Question 4 : À partir du document CRÉDOC, relevez trois faits empiriques qui remettent en question la hiérarchie traditionnelle de Maslow.
-> 50% des profils 18-24 ans consomment des loisirs premium malgré les revenus limités (inversion besoins physiologiques et besoins d’estime/accomplissement de soi).
-> 61% se restreignent sur l’alimentation (besoins physiologiques) pour financer des loisirs premium (besoins d’estime/accomplissement de soi).
-> Les jeunes privilégient les expériences avant les besoins de base.
Question 5 : Comment expliquez-vous que 50% des 18-24 ans consomment du loisir premium alors qu'ils ont des revenus limités ?
-> Digitalisation :
Influence
Facilité d’accès
-> Effet de groupe
-> Consommation identitaire : on s’associe à la marque des produits qu’on consomme.
-> Horizon temporel : priorité au présent.
-> Arbitrage sophistiqué : on a du mal à établir des priorités.
Question 6 : Que révèle le fait que 61% se restreignent sur l'alimentation (niveau 1 de Maslow) pour financer des loisirs premium (niveaux 4-5) ?
Priorisation des besoins sociaux sur les besoins physiologiques
Consommation ostentatoire moderne via les réseaux sociaux
Remise en cause de la hiérarchie fixe de la théorie de Maslow
Rôle central de l’image sociale dans la construction identitaire des jeunes
Question 7 : Énoncez les trois lois d'Engel et expliquez leur logique économique.
Première loi :
La part de l’alimentation dans le budget diminue quand le revenu augmente.
-> Logique : la saturation progressive des besoins alimentaires.
Deuxième loi :
La part du logement dans le budget reste relativement stable quand le revenu augmente.
-> Logique : besoin incompressible et pas extensible à l’infini.
Troisième loi :
La part des biens de luxe et loisirs dans le budget augmente quand le revenu augmente.
-> Logique : élasticité-revenu supérieure à 1 pour ces biens.
Logique de l’élasticité : sensibilité du consommateur par rapport à une variable quelconque.
Question 8 : Les données du document (45% des revenus >3100€ consomment du premium vs 33% en moyenne) vérifient-elles les lois d'Engel ? Justifiez.
Les données vérifient partiellement la troisième loi d’Engel, mais l’écart est moins marqué que prévu pour les biens de luxe, suggérant ainsi une démocratisation relative des biens premium.
La loi psychologique de Keynes et ses limites (25 minutes) :
Présentation de la loi psychologique fondamentale (10 minutes) :
Question 9 : Énoncez la loi psychologique fondamentale de Keynes (1936) et expliquez sa traduction mathématique.
Quand le revenu réel d’une communauté augmente, sa consommation augmente également, mais dans une proportion moindre que l’augmentation du revenu.
0<PMC<1
PMC = ΔC/ΔY
PMC : Propension Marginale à Consommer
C : Consommation
Y : Revenu
PMC : désigne la part supplémentaire du revenu qu’un individu consomme lorsqu’il reçoit un revenu additionnel.
Question 10 : Quelles sont les implications macroéconomiques de cette loi selon Keynes ?
Sous-consommation chronique : épargne excessive aux hauts revenus.
Nécessité d’intervention publique pour soutenir la demande globale
Multiplicateur keynésien d’investissement : explique comment une dépense initiale (publique ou privée) peut entraîner une augmentation plus que proportionnelle du revenu national.
-> k = 1/(1-PMC).
Tendance séculaire à la stagnation par insuffisance de demande
Question 11 : Sur quelle hypothèse implicite concernant les biens de consommation repose cette loi ?
La loi suppose que la majorité des biens consommés sont nécessaires (ce sont des biens normaux). Donc que la consommation suit mécaniquement le revenu. Mais cette hypothèse échoue pour les biens positionnels ou expérentiels comme les loisirs premium.
La funflation comme révélateur des limites de Keynes (15 minutes) :
Question 12 : Confrontez les prédictions de la loi de Keynes avec les comportements observés dans la funflation pour :
Les jeunes aux revenus limités
Les hauts revenus
Les arbitrages budgétaires
Les jeunes aux revenus limités :
Malgré une faible capacité financière, ils dépensent massivement dans les loisirs premium. Leur consommation ne suit pas la contrainte keynésienne, mais une logique identitaire et sociale.
Les hauts revenus :
Leur part de consommation dans les loisirs reste élevée, ce qui contredit la baisse attendue de la PMC.
Les arbitrages budgétaires :
Les ménages préfèrent réduire les dépenses de base pour préserver les dépenses plaisir.
=> La loi psychologique de Keynes ne rend plus compte des comportements modernes centrés sur l’expérience, l’émotion et le statut. La consommation ne dépend plus uniquement du revenu, mais aussi de la valeur symbolique du bien.
Question 13 : En quoi peut-on parler de "généralisation abusive" concernant la loi de Keynes ?
Keynes commet une généralisation abusive en étendant le comportement des biens de première nécessité à l’ensemble des biens, ignorant :
Les biens de luxe (troisième loi d’Engel)
Les biens positionnels et leurs spécificités
La diversité des élasticités-revenus selon les catégories de biens
Question 14 : Distinguez biens normaux et biens positionnels : à quelle catégorie appartiennent les loisirs premium ?
Biens normaux :
Valeur d’usage intrinsèque (plutôt des biens fonctionnels)
Satisfaction absolue et individuelle
Élasticité-revenu stable
Suivent les prédictions keynésiennes
Biens positionnels :
Valeur de statut et de signal social
Satisfaction relative par rapport aux autres biens
Élasticité-revenu variable selon le contexte social
Dérogent aux prédictions keynésiennes
Théories sociologiques de la consommation (45 minutes)
La consommation ostentatoire de Veblen (20 minutes)
Question 15 : Présentez la théorie de la consommation ostentatoire de Veblen (1899). Qu’est-ce que la "classe de loisir" ?
Consommation ostentatoire : caractérisée par l’achat de biens, non pas pour leur utilité intrinsèque, mais pour signaler son statut social et sa richesse à autrui.
La classe de loisir est une classe sociale supérieure qui :
Affiche sa richesse par la consommation visible
Dispose de temps libre ostensible
Évite le travail productif (considéré comme vulgaire)
Pratique la consommation honorifique
Question 16 : Identifiez dans le document du CRÉDOC quatre éléments qui relèvent de comportements vebleniens.
On a 4 éléments vebleniens dans le document du CRÉDOC :
La communication sur les réseaux (18% des motivations) : exhibition moderne du statut.
Des solutions difficilement accessibles au grand public : exclusivité comme marqueur social.
Rencontrer une star (21% des motivations) : capital social distinctif.
Les conditions les plus agréables et confortables : luxe ostentatoire.
Question 17 : Analysez le paradoxe suivant : comment concilier la théorie de Veblen avec le fait que 61% se restreignent sur le quotidien pour financer ces achats ?
Ce paradoxe montre que la logique ostentatoire l’emporte sur la logique rationnelle. Les individus privilégient l’image sociale au confort matériel. La consommation devient ainsi un investissement symbolique (je préfère être perçu comme vivant pleinement que comme épargnant prudemment).
=> Ce comportement illustre ainsi une hiérarchie inversée des besoins, où le prestige et la reconnaissance priment sur la sécurité.
Question 18 : Le phénomène de communication sur les réseaux sociaux (18% des motivations) constitue-t-il une forme moderne de consommation ostentatoire ?
Oui :
Les réseaux sociaux amplifient le phénomène veblenien : les individus mettent en scène leurs expériences (voyages, concerts, restaurants) pour obtenir validation et reconnaissance.
Le like devient une nouvelle monnaie de distinction sociale
Cette visibilité numérique entretient un effet d’imitation
L'effet de démonstration de Duesenberry (25 minutes)
Question 19 : Expliquez la théorie de Duesenberry (1949) : qu'est-ce que la consommation relative et l'effet de démonstration ?
La théorie de Duesenberry propose que la consommation dépend non pas du revenu absolu, mais du revenu relatif, c’est-à-dire du niveau de vie perçu par rapport au groupe.
La consommation relative : la satisfaction tirée de la consommation dépend non pas du niveau absolu, mais du niveau relatif par rapport au groupe de référence.
L’effet de démonstration : imitation des modes de consommation des groupes sociaux de référence généralement supérieurs dans la hiérarchie sociale.
Question 20 : Calculez l'intensité de l'effet de démonstration pour les groupes suivants (écart par rapport à la moyenne/moyenne générale) :
Franciliens : 48% vs 33% moyenne
18-24 ans : 50% vs 33% moyenne
Diplômés Bac+2 : 49% vs 33% moyenne
Les 3 groupes montrent un effet de démonstration très fort (autour de 50%), confirmant la théorie de Duesenberry.
VOIR FICHE
Question 21 : Quels sont les mécanismes de démonstration identifiables dans le document ?
Mécanismes dé démonstration identifiables :
Géographique : concentration urbaine et exposition -> Franciliens.
Générationnel : leader d’opinions culturelles -> 18-24 ans.
Éducatif : modèles sociaux et prescripteurs -> diplômés Bac+2.
Numérique : réseaux sociaux comme vecteurs de démonstration moderne.
Question 22 : Comment expliquer que les jeunes urbains diplômés maintiennent cette consommation malgré leurs contraintes budgétaires ?
La recherche identitaire : consommation vécue comme expression du moi social.
La rationalité symbolique : on préfère sacrifier des besoins matériels pour préserver des expériences valorisantes.
Accès aux facilités du crédit et aux facilités du paiement
L’effet de réseaux : appartenance à des cercles où la participation à certains événements est une norme implicite.
Analyse par les élasticités (60 minutes)
Élasticité-revenu (Engel) (20 minutes)
Question 23 : Calculez l'élasticité-revenu générale des loisirs premium avec les données suivantes :
Revenus moyens France : 2 400€/mois 33% consomment du premium
Revenus élevés (>3 100€) : 3 800€/mois 45% consomment du premium
VOIR FICHE
Question 24 : Interprétez votre résultat : quel type de bien représentent les loisirs premium ?
La demande de loisirs premium augmente avec le revenu, mais moins que proportionnellement, suggérant ainsi une certaine démocratisation de ces biens (les biens premium).
Question 25 : Comment expliquez-vous le "paradoxe des jeunes" : consommation élevée (50%) malgré des revenus faibles ?
L’effet de cycle de vie : investissements dans le capital social à rendement futur.
Anticipation des revenus futurs
Valeur accordée à l’expérience > accumulation matérielle
Facilité de financement
Coût d’opportunité faible de l’épargne (taux bas, horizon lointain)
Élasticité-prix (20 minutes)
Question 26 : Sachant que les prix des concerts ont augmenté de 37% entre 2020 et 2024 selon Pollstar, et que le marché continue de croître, estimez l'élasticité-prix de la demande.
On a une élasticité-prix qui se rapproche de 0 -> malgré plus de 37% de hausse, la demande continue de croître.
Question 27 : La demande est-elle élastique ou rigide? Quels facteurs expliquent cette rigidité ?
La nature de la demande est rigide, cette rigidité est expliquée par :
Des biens positionnels (prix élevés renforcent le prestige)
Une offre limitée (places de concert, événement unique non-reproductible)
Effet de rareté temporelle (maintenant ou jamais)
Absence de substitut parfait (unicité de l’expérience live)
Fidélité aux artistes (demande captive des fans)